La Chronique des Bridgerton : le reflet de ma société contemporaine.

Je sais…vous allez me dire que ce n’est pas une référence à écrire dans un blog. Cependant, j’aimerais vous expliquer pourquoi la Chronique des Bridgerton à fait « tilt » dans ma tête lorsque je l’ai visionnée. Je suis française par le droit du sol et, originaire de Turquie. Je n’entre franchement pas dans le cliché que vous imaginez peut-être, après avoir lu la phrase précédente.

Issue d’une famille très ancrée dans la laïcité , on peut dire que j’ai eu une certaine forme de liberté. Mais les coutumes, les moeurs et les traditions m’entourent depuis ma tendre enfance. Je les aime, les apprécie et les intègre à ma façon.

En regardant la série, je me suis rendue compte qu’on pouvait transposer les faits et les péripéties de cette société à la mienne. Que ma société contemporaine actuelle ( ma communauté présente en France ) correspond à l’histoire romancée des traditions londoniennes du XIX. Je m’explique : la protagoniste principale, notre chère Daphné Bridgerton est éduquée dans les bonnes moeurs de la bourgeoisie du XIXème siècle. A cette époque, être une femme mariée est l’objectif de vie afin d’accéder à la consécration ultime d’être maman. C’est aussi ce que croit encore notre communauté, on n’échappe jamais à un « alors toujours pas mariée ? pas de fiancée ? quand est-ce que tu vas te marier, tu es plutôt jolie en plus« .

Une surveillance à tout prix

Tout au long de son parcours vers la quête du mari, Daphné est tourmentée entre les traditions et sa volonté propre : faire un mariage d’amour. Elle virevolte de bal en bal, d’invitation en invitation comme virevolte la jeunesse de ma communauté pour être vue et revue par des potentiels admirateurs, dans les innombrables et infinis mariages. Daphné doit cependant être secondée par son grand-frère Anthony lors de ses sorties – c’est le chef de la famille Bridgerton depuis le décès de leur père. Si vous avez vu la série, vous remarquerez que Daphné et son magnifique prétendant le Duc de Hastings peuvent se voir en la compagnie de leurs châperons. Et bien chez nous, les fiançailles sont le moment où les futurs mariés font réellement connaissance…enfin, ça c’est ce que nos tantines pensent.

En somme, Daphné ne peut rester seule et échanger avec un homme sans la présence de son chaperon dans la salle. Le pire scénario possible : se retrouver à l’écart de la foule, dans un lieu sombre avec un homme sans être accompagnée ! C’est un peu ce qui risque de nous arriver, si jamais on nous croise avec un garçon . Une bonne tantine de la haute société de ma communauté peut jaser sans que vous n’ayez rien fait de mal et ainsi ruiner votre réputation.

Pour vous donner un aperçu ; lorsque j’avais 15 ans, une voisine appréciée avait lancé une rumeur de fiançailles me concernant. La raison? Convaincre sa petite-fille âgée alors de 16 ans de se fiancer et ainsi lui éviter une mauvaise réputation ! Donc pour récapituler, une mamie pensant que sa petite-fille allait mal tourner, a donné mon nom pour agrémenter sa propagande qui a fonctionné ! Cette rumeur m’a poursuit des années, relayée par cette petite-fille qui ne savait pas du tout la vérité. C’est peut-être la raison pour laquelle je suis toujours célibataire, qui sait ?!

L’importance du mariage

Ah justement, la Bridgerton qui avait tant peur de finir vieille fille est sous la pression de l’âge. C’est le cas chez moi, à vrai dire je ne me suis jamais souciée de mon âge et j’ai toujours su que ma trentaine allait être géniale ! Je m’étais toujours promis d’avoir une belle troisième décennie : me sentir libre, forte et surtout indépendante. En revanche, pour les tantines de ma communauté, je pourrais vite être étiquetée de  » vielle-fille ménopausée » . Contrairement aux hommes vus comme des poules pondants des oeufs en or ! Ils ont toujours eu une grande liberté ces vainards. D’ailleurs, dans la série lorsque Colin Bridgerton, un des grands frères de Daphné, souhaite se marier, Alexandre s’y oppose « car il est encore très jeune ». Nul intérêt de vous préciser comment cela se passe chez nous…vous l’aurez deviné. Le garçon peut se marier à l’âge qui souhaite- avec en partie-la fille qui souhaite – sans être ouvertement critiqué. Ah non ! Il ne faut jamais offenser nos poules pondeuses ! Ils peuvent aussi faire des choses pas très catholiques avant le mariage mais, réclamer une femme prude et chaste pour épouse. C’est une demande tout-à-fait légitime ! Tiens, cela est tout aussi valable pour Anthony Bridgerton.

On compte pour du beurre ?

Et si seulement, nos filles pouvaient aussi éviter d’user de leur pudeur comme un bouclier protecteur face à l’ingratitude des poules pondeuses. Et si elles osaient clamer qu’elles étaient prudes, n’ont pas pour le potentiel futur-mari mais seulement pour elles… il n’y aurait plus de poules veinardes sur Terre. Bien évidemment, la sexualité reste très tabou, les jeunes filles de la bonne société londonienne comprennent qu’il faut être mariée pour avoir des enfants mais, ne savent pas comment les concevoir. Outre le fait du respect ou non de la tradition ( ce qui reste de l’ordre du très personnel), les filles n’ont même pas le droit de connaître leur corps. On ne nous explique pas grand chose à l’exception des menstruations, et je connais encore des jeunes filles qui les cachent à leurs pères.

N’avions-nous pas le droit de mieux nous comprendre afin de mieux nous apprécier et de protéger ? 

Le commérage et la bonne image sont tout autant essentiels. Finalement, on ne vit que pour avoir une place en société au sein de la communauté. On ne vit que pour éviter les « on-dit »; on vente nos enfants et exagèrent leurs moindres certifications comme un PhD. On fait des mariages pour montrer sa grandeur et sa richesse à la bonne société. On entre avec une voiture dans la salle de réception en guise de calèche où les Klaxons font office de trompette.